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Torossian,... la femme sans cesse épurée...
Jean-Claude Voisin

Tel était le titre que Marie-Thérèse Arbid consacrait le 5 Mai 1967 dans le quotidien Beyrouthin «Le Jour» à l'exposition Torossian qui déjà plaçait la femme au centre de son œuvre. Et l'artiste de renchérir: "...Je l'aime, je n'aimerai rien d'autre...". Le Centre Culturel Français de Beyrouth se devait de présenter cette rétrospective du "Nu" dans l'œuvre de celui qui, après des études à l'Académie Libanaise des Beaux-Arts sous la direction de César Gemayel, étudiait cinq ans à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Il s'y perfectionna aux côtés de Souverbi, Brianchon, Couteau. Les ateliers de la Rive Gauche offraient à notre jeune artiste naissant des occasions de confrontations émulatives. Pour notre Beyrouthin, attaché à La Béqaa familiale, les ciels d'Île de France devenaient source d'inspiration. Les nombreuses visites aux grands musées européens, du Louvre au Prado, du Danemark à l'Espagne, lui donnaient l'assurance du futur maître qu'il allait bientôt devenir. Exposant tour à tour en France, au Liban, aux États-Unis, en Arménie, dans les pays du Golfe, Torossian allait se forger une renommée indiscutée. Ce fut pour lui l'occasion de rencontres, d'échanges. Mais jamais notre libanais ne bradera sa sensibilité orientale qui se retrouve à travers les infinités de tons pastels de ses œuvres, leur luminosité: " ... la couleur prime sur la forme... ". L'œuvre de Torossian se nourrit d'expressions qui résument à leur manière toute la personnalité de l'artiste: "simplicité émouvante", "émotion visuelle", "illusion et vérité", "murmure", "transparence", "élégance", "élan du cœur", évanescence", "beauté profonde parfois même tragique", peinture spontanée et intuitive".... Torossian le "timide", le "scrupuleux", le "modeste", le "prudent", "l'artiste du silence" débute sa carrière à Paris. "Son art commence comme un murmure; c'est un chuchotement mystique... " écrira en 1963 Marcel Zahar. Quoique peintre des paysages de l'Île de France ou de ce bout de Méditerranée, peintre des natures mortes, Torossian restera le peintre de la femme. Ces nus qui ont sa préférence dès les années soixante, Torossian se plaît à les clamer bien haut, à chaque vernissage. Ces nus qui sont pour lui un hommage à l'éternelle Eve, "le sujet le plus beau et le plus difficile à la fois" . Pastels, sanguines, gravures, huiles, aquarelles, dessins sont autant de caresses, de frissons. Langage du geste, de la pose que décrivait talentueusement Sonia Nigolian dans La Revue du Liban en 1987; «voilà l'art du Nu chez Torossian qui ne veut rien savoir ni de Freud, ni de sa psychologie: ... L'amour est éternel! Laissez-nous peindre et chanter....» A 30 ans, Torossian trouve déjà dans son interprétation personnelle du corps féminin, sa façon à lui de décliner le culte de l'intimité: femme-enfant, femme-mère, femme-désir, femme-promesse; Torossian aime la vie et cherche l'harmonie plastique à travers ses traits qui naviguent entre le figuratif, l'abstrait et l'informel, forme extrême du contour épuré. En 1960, alors que Torossian, à son retour de Paris, exposait au Centre d'Études Supérieures de Beyrouth (actuel Centre Culturel Français), Y. Ajémian écrivait sur ce jeune peintre libanais de l'École de Paris: "...Torossian est un nom qu'on n'a pas fini d'entendre...". Belle vision prophétique! Le Centre Culturel Français a tenu à présenter cette rétrospective de ce qui reste le coeur de plus de 40 années de l'œuvre de Torossian et son sujet fétiche: Le Nu.

Jean-Claude Voisin
Directeur du Centre Culturel Français de Beyrouth

 


     
 
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